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Essai sur la protection des fossiles, minéraux et sites
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© Texte et Photos : MJX, sauf indication contraire.

Ci-dessous un article récemment paru dans le Lithorama n°8 d'octobre 2000.

Il met en cause les lois diverses tentant de protéger le patrimoine géologique et apporte quelques solutions originales.

Ce sujet nous concerne tous ! ET votre avis est bien entendu le bienvenu ! (Email)

par Phil Cooreman

Le texte n° 23 de la Proposition de Loi du 9 octobre 1997 visant à la protection du patrimoine géologique a été une tentative de protéger le patrimoine paléontologique français, mais montrait néanmoins des lacunes sur bien des points. Entre autres elle affichait un parti-pris non dissimulé à l’encontre des géologues amateurs dans leur totalité et faisait des amalgames inacceptables entre les amateurs et certains pilleurs de sites.
Tout comme certaines sommités scientifiques françaises, nous estimons que la protection des sites et des espèces fossiles ne se fera pas en interdisant tout (la philosophie extrême, voire fascisante, de la Réserve géologique de Digne n’est sûrement pas un exemple à suivre en ce domaine) mais uniquement en respectant un savant équilibre entre ce qui doit être sauvegardé par les pouvoirs publics et ce qui peut être récolté par les amateurs.

Nous formulons ici quelques propositions et tentons d’apporter une solution à un certain nombre de problèmes non soulevés dans ces travaux du Sénat :


Ces belles dents de squales provenant des Phosphates marocains ont échappé à leur funeste destin : devenir de l’engrais agricole !

- PROBLEME des amateurs qui passent dans ces travaux pour des pilleurs sans scrupules qui détruisent les lieux de travail des scientifiques. Rien n’est moins vrai !
Si des brebis galeuses existent, comme d’ailleurs dans toutes les activités humaines, qu’auraient fait les scientifiques sans les amateurs géologues nettement plus disponibles pour des recherches sur le terrain ?
Signalons que Mary Anning, la fameuse découvreuse de fossiles anglaise du siècle dernier, était amateur. Grâce à elle, le Musée de Londres possède des Ichtyosaures et un Plésiosaure du Jurassique inférieur de Lyme Regis.
Monsieur Walker, plombier de profession et chercheur amateur de fossiles, a récemment permis la découverte du squelette complet d’un nouveau dinosaure du Wealdien anglais (Baryonyx walkeri), unique au monde.
Et March et Cope, aux USA, amateurs fortunés, ont quand même permis la découverte de centaines d’espèces de dinosaures au siècle dernier.
Les scientifiques se posent souvent la question du devenir des collections privées après le décès de leur propriétaire, mais l’histoire l’a montré, l’essentiel des collections d’une certaine importance a toujours fini par rejoindre un Musée public.
Ce qui n’est pas nécessairement une garantie pour la préservation des spécimens, il suffit de consulter quelques monographies ou publications scientifiques pour se rendre compte du nombre de spécimens-types (précieux entre tous, car servant d’étalons pour définir les espèces !) qui ont été perdus dans le capharnaüm de certaines collections publiques... Sans compter les collections entières de Musées et de Facultés qui, par manque de place, finissent au container alors qu’elles auraient pu faire le bonheur des amateurs !


Deux gros oursins qui ont échappé aux concasseurs de l’industrie cimentière belge.

- PROBLEME de la sauvegarde des spécimens dans les carrières en exploitation et chantiers temporaires (même dans une réserve géologique). Ces objets géologiques passent au broyeur pour être transformés en granulat ou en ciment, ou sont brisés ou sciés pour la fabrication de pierres de construction.
Il est par exemple actuellement interdit de chercher des fossiles dans la carrière de Lacoste (située dans la réserve géologique du Lubéron) mais rien n’interdit aux exploitants de les détruire en les sciant pour la fabrication des pierres de parement ! Si cela est ce que l’on appelle protéger des sites et des espèces fossiles...
Il faut absolument éviter l’aberration de la loi italienne (d’ailleurs votée sous Mussolini, ceci explique peut-être cela) qui interdit la recherche des fossiles mais permet celle des minéraux. Les amateurs sont donc condamnés à voir des spécimens uniques au monde détruits dans des concasseurs sans pouvoir les sauvegarder par la faute d’une loi débile ! Il reste à espérer que l’Europe mettra de l’ordre là-dedans, et dans le bon sens.
L’exemple de l’Espagne, où les fossiles et minéraux sont désormais considérés comme patrimoine national et ne peuvent même plus être ramassés, n’est pas rassurant en ce domaine.
Il est à noter que les beaux fossiles italiens (bien évidemment extraits en fraude) entrent dans un marché parallèle, sont hors de prix, et ne peuvent donc être acquis que par des amateurs étrangers à devises fortes. Dans ce cas la majorité des pièces intéressantes quittent le pays, ce qui est pour le moins contraire au but recherché !!!
Les interdictions arbitraires et multiples tracasseries administratives ont un autre effet insidieux : les collectionneurs étant démotivés, des vocations ne sont plus suscitées chez les jeunes qui pourraient devenir les chercheurs de demain, la recherche stagne par manque d’amateurs passionnés et la Science géologique y est virtuellement paralysée.
Lors de travaux temporaires, si les spécimens ne sont pas récupérés rapidement par les amateurs, il seront de toute manière perdus pour les scientifiques, recouverts d’asphalte ou de béton, voire d’eau dans le cas de travaux portuaires ou de canaux.

SOLUTION : l’autorisation ne peut pas être refusée par les exploitants de carrières ou de chantiers (c’est un permis de sauver des objets géologiques autrement promis à la destruction ou à l’oubli). En contrepartie les amateurs doivent observer les consignes, respecter les règles d’élémentaire prudence, et décharger les exploitants de toute responsabilité en cas d’accident.


Quelques beaux gastéropodes « sauvés » des marées et tempêtes du Cap Blanc-Nez.

- PROBLEME des spécimens naturellement dégagés par l’érosion qui seront de toute manière détruits par le gel, les intempéries, les coups de bélier de la mer (dans le cas de sites côtiers) ou l’altération naturelle.
Certains élus politiques locaux visiblement incompétents, qui n’ont pas peur d’être ridicules, ne craignent pas d’annoncer haut et fort que le ramassage de fossiles naturellement dégagés par l’érosion devrait être prohibé au Cap Blanc-Nez !
Le fameux Cap Blanc-Nez, réputé pour ses myriades de fossiles crayeux, nacrés et pyritisés, où les trouvailles deviennent de plus en plus rares de par la faute d’un ensablement sans cesse croissant. Les travaux d’aménagement du port de Calais en sont la cause. Il y a une dizaine d’années, il était encore possible de voir affleurer les couches fossilifères d’Argile de Gault sur la plage en été, actuellement elles sont souvent ensablées même en hiver !
Qui sont les véritables protecteurs de cet endroit (et de ses fossiles), les pouvoirs publics qui, très tardivement, veulent prendre des mesures imbéciles alors même qu’ils ont laissé ce site unique s’ensabler et ses fossiles disparaître à jamais? Ou les amateurs qui, patiemment, inlassablement, ont passé leurs week-ends, congés et vacances, ont affronté une météo exécrable pendant les grosses marées et les tempêtes, pour sauvegarder, conserver et mettre en valeur des fossiles qui seraient autrement enfouis sous plusieurs mètres de sable ou broyés par les coups de mer, perdus pour tous.

SOLUTION : La Science n’a strictement rien à gagner si des objets géologiques sont détruits par l’érosion naturelle ou disparaissent par ensablement. Il en résulte que le ramassage (sans outils) des fossiles naturellement dégagés par l’érosion devrait être autorisé, voire encouragé, même dans les sites protégés, l’extraction de tout fossile de blocs de roches n’étant plus en place (éboulis, galets) également, ainsi que l’extraction de tout spécimen menacé par l’érosion naturelle agressive (en falaises côtières, par exemple), afin de ne pas laisser se détruire des objets géologiques. Si l’extraction est permise, limiter néanmoins l’équipement pour éviter les pillages et abus.
Toutes les sites classés et réserves géologiques devraient être munis de panneaux clairs pour avertir les visiteurs de ce qui est autorisé d’y faire, et précisant les coordonnées d’une équipe de scientifiques prêts à intervenir pour sauver un fossile important qui leur serait signalé. (squelette de vertébré, oeufs de dinosaures, etc.)
Les visiteurs devraient être encouragés à collaborer, par exemple en leur offrant des fossiles scientifiquement moins intéressants s’ils signalent un fossile important.
Les suédois sont plus intelligents : l’ancienne carrière de Hallekis, réputée pour ses trilobites et orthocères de l’Ordovicien est devenue une réserve naturelle. Les couches en place, seules à posséder un intérêt scientifique, ne peuvent être échantillonnées par les amateurs. Par contre le ramassage et l’extraction de fossiles sont permis dans les éboulis qui sont encore d’une grande richesse. Cet exemple montre qu’il est possible de concilier la légitime protection de sites intéressants par les scientifiques et l’envie tout aussi légitime des amateurs de collectionner des objets géologiques.


De très beaux oursins des environs de Boulogne qui ont été sauvés juste avant de devenir d’informes galets !

- PROBLEME de la collaboration entre les amateurs et les scientifiques qui n’est pas toujours évidente. Les scientifiques considèrent souvent les amateurs comme des pilleurs de sites, des vendeurs à outrance ou des voleurs de patrimoine, voire des gêneurs qui leur présentent n’importe quoi à déterminer et leur font perdre du temps. Les amateurs considèrent l’essentiel des scientifiques comme des opportunistes prêts à confisquer des trouvailles intéressantes à leur profit. Le résultat actuel est qu’en règle générale ils se mettent mutuellement des bâtons dans les roues.

SOLUTION : Les scientifiques doivent fournir un code de déontologie ou de bonne conduite et éduquer les amateurs à notamment leur présenter les spécimens scientifiquement intéressants. Ils doivent aussi déterminer de bonne grâce les pièces qui leur sont soumises car elles peuvent se révéler vitales pour la science. Sans oublier le fait qu’ils sont quand même financés par les deniers publics, et, partant, un peu par ces mêmes amateurs...
Il faut éliminer du circuit les scientifiques véreux (rares) qui détournent, à leur profit, les pièces les plus intéressantes des collections publiques dont ils ont la charge.
Les scientifiques devraient également :

- distinguer les fossiles courants qui ne doivent pas impérativement être protégés des fossiles importants à sauvegarder. La distinction vertébrés/invertébrés n’est pas forcément adéquate car il existe des fossiles de vertébrés très communs (dents de requins, par exemple) et des restes d’invertébrés très importants (chaînons entre les groupes, fossiles précambriens...).

De plus, un invertébré non répertorié et inconnu de la science n’est pas à négliger : il peut s’agir tout simplement d’une occurrence d’un fossile-guide dans une strate où il est actuellement inconnu.
Une solution originale et intéressante est appliquée en Floride, état américain connu de longue date pour sa richesse en fossiles.
Un permis annuel y est nécessaire pour collectionner, échanger, acheter ou vendre des fossiles de vertébrés trouvés sur les terrains appartenant à l’Etat.
Ce permis est accordé à toute personne, amateur ou professionnel, qui en fait la demande et qui acquitte la modique somme de 5 dollars. Les dents de requins fossiles, archi-communes là-bas, ne sont pas considérées aux yeux de la loi comme des restes de vertébrés.
En contrepartie de permettre la collecte de vestiges de vertébrés, l’université qui accorde le permis demande aux amateurs de leur fournir une liste de tous les fossiles de vertébrés trouvés durant l’année.
Elle peut éventuellement requérir la donation de l’une ou l’autre pièce inconnue du patrimoine paléontologique de l’Etat de Floride.
Cela permet, si chacun joue le jeu, une bonne collaboration entre amateurs et scientifiques.

- utiliser la technologie actuelle pour permettre à tous l’accès aux collections publiques et monographies depuis leur ordinateur grâce à la flexibilité d’Internet.

Un accès multicritères (par sites, par époque, par espèce...) est désirable afin que les amateurs puissent non seulement déterminer leurs trouvailles mais aussi détecter une découverte scientifiquement intéressante voire inconnue de la science qui ne serait pas encore répertoriée.
Ces pièces devraient dans ce cas spontanément être présentées aux scientifiques qui pourraient ainsi les enregistrer, en réaliser des photographies et des moulages, ainsi que les décrire et les étudier scientifiquement.
Un courrier électronique (E-mail), incluant des photographies scannées ou numériques du spécimen sous toutes les faces, pourrait même être envoyé aux scientifiques afin de leur permettre un accès plus rapide aux nouvelles trouvailles sans quitter leurs laboratoires !
Les amateurs doivent pouvoir disposer de collections systématiques pour déterminer leurs trouvailles et signaler les sites et trouvailles sortant de l’ordinaire aux scientifiques.
Malheureusement certains Musées nationaux ne semblent pas considérer la disponibilité d’une collection systématique de fossiles d’invertébrés comme une priorité, en se plaignant d’un manque de temps, d’espace ou de main d’oeuvre.
Pour contourner le manque d’espace, cela pourrait être une collection virtuelle sur un site Web, voir le paragraphe Internet.

Ils doivent aussi avoir une formation minimale à la géologie, paléontologie et/ou la minéralogie.
Dans ce cas de figure, les clubs d’amateurs jouent, dans une certaine mesure, un grand rôle en encadrant les débutants et en leur apprenant ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire.

- PROBLEME qui se pose évidemment avec les étrangers qui lors de leurs vacances puisent aux richesses géologiques et trouvent parfois par hasard des pièces importantes dont ils ne connaissent pas toujours la valeur scientifique.

- SOLUTION : Pour ne pas en perdre trace, il faudrait une coordination des scientifiques et des clubs d’amateurs au niveau européen. Des prospectus libellés en plusieurs langues devraient être distribués dans les bourses et les syndicats d’initiative afin d’encourager les étrangers à jouer le jeu, publiés sur Internet, et communiqués à tous les clubs européens.


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