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Promenade géologique d'Ecaussinnes à Fauquez
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© Texte et Photos : MJX, sauf indication contraire.

Marc JAUNIAUX

mise à jour : 19/08/2013

1. INTRODUCTION.

La promenade géologique proposée dans cet article se déroule essentiellement dans la vallée de la Sennette depuis Ecaussinnes jusqu'à Fauquez. Elle démarre à la gare d'Ecaussinnes (N50 33.735 E4 09.421*). Longue d'une dizaine de kilomètres (aller), elle peut très bien se faire à bicyclette. Le retour se fera de préférence par l'ancien canal Bruxelles-Charleroi jusque Feluy puis par la route jusqu'à Ecaussinnes. Elle peut être facilement combinée à la visite des carrières d'Ecaussinnes.

Elle comprend :

a) Une excursion dans le site des carrières de "petit granit" d'Ecaussinnes d'Enghien;
b) Un parcours du château fort d'Ecaussinnes-Lalaing au château démantelé d'Ecaussinnes d'Enghien ou de la Follie ( = hêtraie );
c) Un parcours le long de la Sennette d'Ecaussinnes à Henripont et Ronquières;
d) Un parcours peu connu de la gare d'Henripont à la vallée de la Samme;
e) Le tracé II de Leriche dans la vallée de la Samme;
f) Un parcours le long du nouveau canal Bruxelles-Charleroi de Ronquières à Fauquez.

Elle suit jusqu'à l'ancienne gare d'Henripont la promenade jalonnée n°1 par le syndicat d'initiative Senne-Samme-Sennette ou val de Sennette. Plus loin, elle emprunte le tracé de l'ancienne ligne de chemin de fer Ecaussinnes - Tubize.

Elle permet de voir :

a) Les terrains primaires redressés du flanc sud de l'anticlinal du Brabant, depuis les plus récents jusqu'aux plus anciens : carboniféres, dévoniens, siluriens, mis à découvert par l'érosion. Au sud d'Ecaussinnes, les terrains viséens ne sont guère visibles. Pour voir les terrains cambriens plus anciens, il conviendrait de prolonger la promenade au Nord vers Hal et Buizingen;
b) Les vallées de cours d'eau épigéniques, imposés aux terrains primaires et ayant exercé une action érosive hors de proportion avec leur débit actuel : Sennette, Ru d'Haurues occidental, Ru d'Haurues oriental, Samme;
c) Le remblaiement de ces vallées par des alluvions holocènes ( vallées en U ).
d) Le revêtement horizontal des flancs de vallées par les terrains tertiaires.
e) Le peu d'importance de la couche de limon hesbayen sur les terrains en pente, son absence sur les sommets.

Il est possible d'établir des comparaisons entre la vallée de la Sennette et celles de la Senne et de la Samme qui attaquent le même massif à peu de distance.

La plupart des sites décrits sont dans des propriétés privées et une autorisation doit être demandée avant toute visite.

Ces sites ont été visités entre 1966 et 2013. Certains sont actuellement envahis par la végétation ou ont totalement disparu.

2. Le CARBONIFERE.

Ecaussinnes est connu notamment pour son château-fort (Château d'Ecaussinnes-Lalaing) (31 U 583355 5602430*).

L'éperon rocheux sur lequel a été édifié du XIème au XVème siècle cet important bâtiment est un affleurement de calcaire encrinitique du Tournaisien supérieur, Assise (**) des Ecaussinnes (T2), ou formation de Lalaing (LAL). C'est un calcaire argileux, friable, à structure schisteuse, riche en fossiles (crinoïdes et brachiopodes).Il correspond aux « cliquantes » des carriers.


(Château-fort d'Ecaussinnes-Lalaing)

Cette pierre tendre de couche superficielle fait contraste avec les moellons durs dont est fait le château et qui proviennent d'une carrière voisine exploitée en profondeur, le "trou Bodge" (31 U 583281 5602267*).


(trou Bodge)

Il s'agit du "petit granit" dont l'exploitation a connu un essor considérable couvrant, dans le Hainaut, un bassin industriel qui s'étendait de Maffle à Ligny.

Le "petit granit", appelé aussi pierre d'Ecaussinnes ou pierre bleue est une roche sédimentaire de l'étage Tournaisien du Carbonifère. Elle contient essentiellement du carbonate de calcium (88 à 99% ) mais aussi du carbonate de magnésium (1 à 8 %), de l'oxyde de silicium (1 à 2 %), de l'oxyde d'aluminium et de l'oxyde ferrique (0.2 à 0.5 %), du sulfure de fer (pyrite : 0.2 à 0.5 %) et parfois du fluorure de calcium (fluorite).

Son appellation de "petit granit" porte à confusion, puisque le granite (avec un e final) est une roche magmatique plutonique composée de feldspath, de quartz et de mica, cependant la grande quantité de fossiles cristallisés, les encrines, donne à cette roche un aspect scintillant analogue à celui du véritable granite. Notons que le terme granite est donné d'une façon générale à toute roche dure et grenue susceptible d'être polie et utilisée comme pierre ornementale (voir l'orthographe en minéralogie).


(quartier de Thiarmont)

L'exploitation de ce "petit granit" a commencé, à Ecaussinnes, par des carrières situées dans le village même.

Ces exploitations sont aujourd'hui abandonnées sans aucune exception, mais elles ont formé dans l'agglomération un relief artificiel de "trous" et de "tiennes", de gouffres ennoyés et de collines plus ou moins boisées.

Ce sont :

-La carrière Bodge, réputée la plus ancienne ou Delchambre; (31 U 583281 5602267*).
-Les carrières de Mayeurmont  (Carrières Huart, Druart, Deridia,…ou trou Barette) ( 31 U 582374 5602037*)
-Les carrières du Champ des Marlières ( Jean Bodge,…)( 31 U 582960 5602692*)
-La carrière des Douze Bonniers (31 U 582684 5602500*)
-La carrière Rivière ou de l'Avedèle (31 U 582900 5601507*)

(Trou Barette)

Le Trou Barette et le Trou Rivière fournissent à la Compagnie Intercommunale Bruxelloise des Eaux (CIBE)(actuellement VIVAQUA) une eau calcaire, teintée de glauconie.

L'emplacement de ces exploitations se justifiait par :

-des affleurements qui rendirent inutile toute prospection;
- la facilité d'exploitation en surface
-la difficulté de travailler en profondeur (évacuation des terres à la brouette et des eaux par des pompes aspirantes ou des vis d'Archimède);
-la facilité qu'offraient les bancs même médiocres, de faible épaisseur en surface, correspondant à une utilisation locale (construction en maçonnerie de moellons);
-la proximité d'un habitat assez important.

Leur disparition se justifie par :

- la difficulté de travailler en profondeur (évacuation des terres à la brouette et des eaux par des pompes aspirantes ou des vis d'Archimède);
- le progrès technique qui a rendu nuls les avantages ci-dessus et permis d'atteindre des bancs plus épais, de les exploiter et de présenter par exemple, à l'exposition d'Anvers en 1885, un bloc de 10m de long sur 2.5m de large et 0.5m d'épaisseur;
- l'encombrement résultant des remblais.
- la présence des habitations du village sur les bancs exploitables.

Quelques « trous » ont servi de dépôts d'ordures et ont été remblayés.

Un peu partout dans le village se trouvaient des ateliers de tailleurs de pierre. Il en reste quatre.


(Atelier Cuisenaire)

L'exploitation de "petit granit" s'est finalement installée :

- dans l'est avec les carrières du LEVANT  (31 U 584644 5601190*), celles de PAYELLES et de SCOUFFLENY (31 U 583753 5601420*), actuellement fusionnées, les dernières à avoir extrait des pierres de taille; actuellement sous eau, elles font la joie des nageurs et plongeurs de la région, surtout en ces périodes caniculaires.


(Carrière du Levant)


(Carrière de Scoufflény) (photo Nels)

- dans le sud avec les carrières GOFFART, LENOIR et de THIARMONT (31 U 581726 5601314*), inexploitées depuis quelques années, actuellement réserve d'eau potable (CIBE).


(Trou Goffart)

- dans l'ouest avec les carrières de RESTAUMONT desquelles on n'extrait plus de gros blocs de pierre mais bien des produits concassés (devenue carrière Nocarcentre , actuellement sous eau ) (31U 581039 5601663*).

Vue aérienne de 1969 (anciennes carrières de Restaumont et de Thiarmont) - (photo IGM)

Vue aérienne de la Carrière Nocarcentre (2001)

Pour s'y rendre, passer sous le chemin de fer, remonter la rue A. Pouplier puis la rue J. Blondeau.

L'examen de l'ancienne carrière de RESTAUMONT, prise comme exemple, montre sous une épaisseur variable d'argile yprésienne, des bancs calcaires d'épaisseur variable inclinés régulièrement de 17 cm par mètre en direction du sud. Leur hauteur totale est de 28.15 m, mais l'existence de pierre calcaire, jugée peu intéressante à l'époque a été reconnue jusqu'à 38 m.

La hauteur de l'exploitation est coupée en deux parties inégales par une formation caractéristique et constante, le "délit à la terre" : un lit schisteux de 20 cm souvent ramené à l'état d'argile.

Sous le "délit à la terre", 18 bancs sont exploités; leur épaisseur varie de 35 cm à 5 m (formation des Ecaussinnes (ECA), membre de Soignies (SOI) ou petit granit véritable).

Au-dessus du "délit à la terre", 14 bancs donnent une pierre médiocre, plus argileuse et sont de faible épaisseur (formation de Mâlon Fontaine (MAF), membre de Thiarmont (THI) appelé aussi « raches sans cherts » par les carriers). Plus au Sud, au hameau de Mâlon-Fontaine (31 U 582662 5601099) , au moins 2 carrières exploitaient des calcaires gris bleutés, très peu fossilifères semblables au Membre de Thiarmont, mais contenant de nombreux cherts noirs en rubans ou en nodules. C'est le Membre de Cognebeau (COG) de la même formation et correspondant aux « raches avec cherts » des carriers.

Dans les bancs, des cassures verticales ( diaclases ) sont comblées par les terrains superposés; d'autres , les "limés", sont remplis de calcite compacte. D'autres défauts de la pierre sont les « fontinnes », géodes, parfois remplies d'eau, couvertes généralement de beaux cristaux blancs, verdâtres ou bruns, parfois de cristaux mauves de fluorite.

Les principaux fossiles, Spirifers, Productus, articles d'Encrines se trouvent surtout dans le "bousin", pierre en décalcification.

Nocarcentre exploitait vers le Sud des couches encore plus profonde de Viséen, avec peu de fossiles (actuellement sous eau).

Une description plus détaillée de ces carrières fait l'objet d'un article plus spécifique.

La vallée de la Sennette ne permet pas de voir aisément le Tournaisien inférieur (assise de Hastière (T1)), que l'on trouve sur la rive droite de la Samme, à la Roquette : calcaire dolomitique, calcaire noir argileux, calcschiste. On le trouve sous les grès, au fond de la carrière du Banc (voir plus loin) (membre de Feluy (FEL)).

De la gare prendre l'Avenue de la Déportation bordée de quelques maisons de maître de carrière décorées de pierres de taille, puis la rue E. Martel avec à droite le Trou Barette, rue de la Haie et rue de la Marlière jusqu'au sentier de l'ancien chemin de fer vicinal (31 U 583044 5602496). Ce sentier surplombe le village en traversant la vallée de la Sennette au Pont des Soupirs avec une très belle vue sur le château-fort.

ecaussinnes
Ecaussinnes

Du château-fort, prendre la rue Emile Vandervelde, la place du Pilori, la rue J. Boulle, la rue des Robinettes, le sentier et le tunnel des Amoureux (sentier touristique n°1 du Syndicat d'Initiative Senne-Samme-Sennette ou val de Sennette) (31 U 583725 5602996 ), qui contourne la propriété du château de la Follie.

 


(tunnel des Amoureux)

3. DEVONIEN

Trajet : Tunnel des Amoureux, rue de Saint-Ghislain, rue de la Follie, (31 U 583689 5603489) sentier longeant la rivière Sennette, rue de l'Hayette, rue du Poirier qu'on peut remonter jusqu'à la rue de Ronquières. Traverser la rivière sur une petite passerelle métallique (31 U 584484 5604443) et prendre la rue de Combreuil. Après être passé sous le pont , monter sur le talus de l'ancien chemin de fer (31 U 584545 5604752) et continuer vers le  Nord le long de la propriété du moulin de Combreuil, jusqu'à l'ancienne gare d'Henripont (31 U 584926 5605343).

Par une situation anormale qui ne se trouve pas dans les deux vallées voisines, le Famennien et la partie inférieure du Frasnien ( calcaire de Rhisnes ) ont été mêlés et on en traversera deux bandes.

3.1. FAMENNIEN (Fa)

La bande méridionale offre, au tunnel des Amoureux ( vallée du Ri à Cayaux ), des roches schisteuses et gréseuses, en fait des psammites micacés.


(vers le tunnel des Amoureux, pont sur le Ri à Cayaux)

Ce grès allant du jaune-brun au gris-bleu suivant les couches a été exploité pour faire des moellons et des pavés à trois endroits :

1.- Carrière du Banc ou Gouffre du Comte ( propriété actuelle du Comte de Lichtervelde ). La carrière ennoyée (étang de pêche) et entourée de bois laisse encore voir des macignos avec intercalations schisteuses. Les pierres extraites à plus grande profondeur étaient sans doute de meilleure qualité. Elles ont servi à la construction d'un  pavillon original qui domine les eaux de la carrière, ainsi qu'à l'aménagement du château de la Follie depuis son démantèlement au XVIIème siècle ( le château primitif avait été construit en "petit granit" ),à la construction de l'hôtel de Spangen, à Bruxelles ( aujourd'hui disparu ), à celle du Conseil d'Etat, rue de la Science à Bruxelles, etc,...L'exploitation de cette carrière a cessé depuis plus d'un siècle.

(Gouffre du Comte)

(Gouffre du Comte - pavillon)

2.- Carrière du Mont des Marles, située au hameau de la Follie.

C'est une carrière actuellement comblée qui montrait quelques psammites fortement micacés.

3.- Plus à l'est, à Barouche, une carrière trouvait en profondeur un beau grès dont l'exploitation a été arrêtée vers 1920.

La bande septentrionale, beaucoup plus étroite, se remarque dans la tranchée du chemin de fer. Elle se prolonge dans la vallée d'un affluent de gauche. A l'intersection de ce ruisseau et de la route d'Henripont, la carrière signalée en note par Leriche (psammites en bancs minces, souvent shistoîdes et dont la stratification est fréquemment entrecroisée) est complètement rebouchée.

L'exploitation de ces grès a eu une importance considérable au milieu du siècle dernier. La production équivalait presque à celle du petit granit.

3.2 FRASNIEN (Fr)

3.2.1. Calcaires de Rhisnes (Frc) – Formation de Rhisnes (RHI)

Les calcaires de Rhisnes sont visibles :

  • Bande méridionale au hameau de la Follie où, entre le sentier et le chemin de fer, s'ouvre un essai d'exploitation (Membre de la Rocq (RCQ))( 31 U 583894 5603735).

  • Bande septentrionale

au hameau de Watiamont où une ancienne carrière (Clos de la Dîme ou carrière de l'Alliance) est ouverte (31 U 584546 5604471). Les bancs plongent vers le Sud avec une inclinaison de 10° ; ceux du sommet fournissent des Cyathophyllum et des Stromatophores faciles à dégager ; le talus du chemin entre la propriété et la rivière donne Spirifer verneuilli et Productus subaculeatus

et dans la carrière de Wattiamont (31 U 584886 5604286).

Ces carrières fournissaient des pierres de qualité inférieure et n'ont pas résisté à la concurrence du petit granit. Néanmoins, la même pierre exploitée à La Rocq, dans la vallée de la Samme, a connu plus de succès et a servi notamment à de nombreux ouvrages d'art du canal de Charleroi à Bruxelles (aménagement de 1914).

3.2.2. Assise de Bovesse  (Frb) – Formation de Bovesse (BOV)

Plus au Nord , l'assise de Bovesse donne de grandes masses de calcaires dolomitiques ruiniformes séparés par des versants schisteux. Sur le versant Ouest se trouvait une grotte ou caverne (Trou des fées) détruite à la construction du chemin de fer. Sur le versant Est, dans la propriété du Moulin de Combreuil, on voit encore les blocs du « Château des Belles-Dames », dolomie ruiniforme (Membre de Combreuil (CBR)). Cette assise qui a ici un kilomètre de longueur est presque invisible dans la vallée de la Samme.

(Emplacement du « Trou des Fées »)

(Rochers du Château des Belles-Dames) (photo Nels)

A la gare d'Henripont, les talus montrent des schistes tendres alternant avec de petits lits de calcaires en plaquettes. Ces couches très altérées plongent vers le Sud (10° environ). C'est la base de l'Assise de Bovesse.

Il est intéressant de considérer à cet endroit de la vallée la succession des assises éocènes qui en forment le flanc gauche :

  • argile yprésienne (Yc) cultivée et bocagère. A la limite supérieure, quelques sources.
  • sables gris très fins de l'Yprésien supérieur (Yd), cultivés.
  • sables bruxelliens (B), décalcifiés en surface, colorés en jaune, orange, rouge par des oxydes de fer et renfermant leurs concrétions gréseuses caractéristiques : fistules et « pierres de grottes », couverts de bruyères, de genêts, de buissons de châtaigniers. Les sables ont été exploités du côté gauche de la route, ce qui a modifié la cote réelle d'altitude ; de l'autre côté, la présence d'une chapelle caractéristique et ayant succédé à des sanctuaires plus anciens a empêché les terrassements.

En continuant vers l'Ouest, on retrouverait l'Yprésien au village d'Henripont, dans une dépression, puis à plus grande altitude, le Bruxellien activement exploité dans le bois de la Houssière pour la construction, la stéréotomie et la fonderie ; en continuant vers l'aval, on arriverait aux phyllades siluriennes, mais un alluvionnement intense dû à la lenteur des eaux a couvert les assises intermédiaires.

Continuer le chemin de fer désaffecté vers Ronquières. Sur la gauche du chemin on peut observer quelques méandres de la Sennette isolés du cours normal par le talus du chemin de fer.

En variante, monter sur le versant droit jusqu'au chemin vers Ronquières, le prendre à gauche, remarquer le panorama du versant opposé et le contraste des trois assises éocènes, observer dans les talus du chemin la base de l'assise de Bovesse déjà signalée et continuer jusque Ronquières.

3.3 GIVETIEN

3.3.1. Roches de Mazy (Membre de Mazy (MAZ))

A partir de Ronquières, on peut essayer de redécouvrir cette alternance de schistes, de grès et de poudingues rouges violacés avec des silex et des morceaux de quartz dans la vallée du ruisseau d'Haurues. Juste avant la ferme d'Haurues ou Ducoron (31 U 586961 5605768), tourner à gauche dans la vallée. Le ravin à flanc de coteau où passe le chemin permet de voir un ensemble incohérent de roches rouges de Mazy. En tournant à droite, on arrive dans la vallée du ruisseau d'Haurues en passant au pied de l'ancienne ferme Durand (dite Congo) dont deux corps ont été avantageusement reconstruits sur une butte-témoin de poudingue d'Alvaux. Les pierres de construction sont des moellons calcaires provenant d'une exploitation non localisée de l'assise de Rhisnes et abondamment fossilifères.

Un gros bloc roulé à la base témoigne de la désagrégation du massif.

En remontant le ruisseau d'une centaine de mètres, on arrive à une ancienne carrière où se reconnaissent les roches de Mazy. Il s'agit d'un faciès lagunaire du littoral du Frasnien inférieur.

3.3.2. Poudingue d'Alvaux  - (Membre des Mautiennes (MTN) ?)

Ces roches, alternance de grès, de schistes et de poudingues rouge violacé, parfois verts ou gris à éléments de taille pluricentimétrique, et à ciment généralement désagrégé, peuvent se voir dans la tranchée du plan incliné, mais plus facilement en remontant un chemin vers Warichai en longeant un ancien méandre de la Samme, rive gauche  (31 U 587726 5606302). Là le poudingue d'Alvaux plongeant faiblement vers le Sud a recouvert les shistes gothlandiens redressés à la verticale.

Le poudingue est fait d'éléments grossièrement arrondis, agglomérés par une pâte schistoïde. C'est le cordon littoral de la mer qui, à l'époque du Dévonien moyen, envahit le sud du Brabant.

4. SILURIEN

Suivre le chemin de halage du nouveau canal, rive Est, vers le Nord. Voir néanmoins l'église de Ronquières (31 U 586439 5607219).

4.1. Gothlandien supérieur (Formation de Ronquières (RON))

Les shistes, phyllades et quartzophyllades ainsi que les Graptolites sont à chercher aux emplacement suivants :

  • au chemin de Warichai déjà signalé,
  • à la "grotte du Philosophe", située dans une propriété privée (31 U 587116 5606257). Cette grotte est en réalité une galerie de carrière où l'on cherchait les phyllades (ardoises).
  • au pont de Ronquières (au NE du pont, entre le canal et le Mont Godart (31 U 586757 5607029)),
  • sous l'église de Ronquières.

5. ORDOVICIEN

5.1. Ashgill (Formation de Madot (MAD))

Une centaine de mètres avant le pont de Fauquez, la vallée est barrée d'un exhaussement transversal couvert de végétation sauvage. Ce sont des laves porphyritiques dacitiques à phénocristaux de plagioclase, les porphyroïdes de Fauquez, qui ont résisté à l'érosion, mais sont dissimulés. On voit leurs formations pittoresques sur l'autre rive, au Bois des Rocs (31 U 585980 5608965).

Sur la berge Est du canal, au niveau de la rue Madot, on peut observer une grosse lentille de quartz laiteux avec parfois de beaux grands cristaux  (31 U 586874 5608476)

Ronquières - Quartz

Quartz - Ronquières - (coll MJX)

 

5.2. Caradoc (Formation de Fauquez (FAU))

Aussitôt après le pont de Fauquez, le chemin creux d'accès aux ruines du Château de Fauquez montre le Caradocien : schistes noirs riches en graptolites (Climacograptus , Pleurograptus,…) ; transformés en silicate d'aluminium, ils se détachent en blanc.

5.3 Ordovicien supérieur (Formation de Huet (HUE), d'Ittre (ITT) et de Bornival (BNV))

Emprunter l'ancienne voie de chemin de fer. Au Nord de la halte de Fauquez (31 U 586818 5608853), une colline isolée dans la vallée et coupée par la tranchée du chemin de fer et entamée par l'ancienne carrière Huet est formée par les assises fossilifères de l'Ordovicien supérieur (Formation de Huet (HUE), d'Ittre (ITT) ou de Bornival (BNV)) : schistes, phyllades, quartzophyllades noirs devenant gris par altération, appelés psammites avec des traces de fossiles en creux du Caradocien. Remarquez l'indépendance de la stratification et de la schistosité.

NB : La halte de Fauquez a été rasée. Elle faisait partie des bâtiments construits par M. Branquart pour ses ouvriers de la verrerie de Fauquez à la grande époque du paternalisme. A partir de cet endroit, il n'est plus possible de suivre l'ancienne voie de chemin de fer, transformée en dépôt d'immondices et propriétés privées.

6. CAMBRIEN

Ces terrains plus anciens se rencontrent plus au nord, à partir d'Asquempont (Virginal).

7. Retour

Le retour se fera de préférence par l' « ancien canal » qui suit la vallée de la Samme et où on peut découvrir les mêmes formations, abondamment décrites dans le célèbre livre rouge du géologue amateur "Ardenne – Luxembourg" (réf 1).

Quittez la rive Ouest du canal après l'écluse 21, traversez Feluy, Chaussée de Marche, traversez la N534 et le « nouveau canal ». Après l'usine chimique BP, tournez à droite (31 U 586076 5600994) pour rejoindre la rue de Scoufflény qui longe les anciennes carrières. Au carrefour de la croix mystérieuse (31 U 583630 5602234), prendre à gauche la rue de l'Espinette, puis la rue de l'Avedelle, longer le « Trou Rivière » avec à droite le « Petit Maquis », une ancienne « Tienne », rue C. Duray, rue Saint-Bernard jusqu'à la gare d'Ecaussinnes.

Ouf !

Je tiens à remercier pour leur aide précieuse, mon père André Jauniaux, professeur passionné de géographie, M. Jacques Riyé, ancien chef d'écoles, l'Abbé Léon Jous du Cercle d'Information et d'Histoire Locale des Ecaussinnes et Henripont (CIHL), et surtout Edouard Gondry, ancien tailleur de pierre, bâtisseur de cathédrale, mon mentor et précepteur.


Remarques
haut de la page

* : entre parenthèses les coordonnées ((WGS84) lat/lon hddd° mm.mmm') des endroits décrits.
** : les assises se rapportent à l'ancienne carte géologique de Belgique, les Formations et Membres se rapportent à la nouvelle carte géologique de Wallonie.


Références
haut de la page

Sorties à Soignies , Fauquez , Braine-le-Comte et Ecaussinnes, géologie de la Belgique, photos de fossiles et de minéraux, récoltés notamment à Nocarcentre..

1. Guides géologiques régionaux - Ardenne Luxembourg - Waterlot et all. - Masson - Itinéraire n° 10.
2. Guides géologiques régionaux - Belgique - Robaszynski et all. - Masson - Itinéraire n° 14.
3. Carte géologique de Belgique n°128 1/40000ème 1893.
4. Cartes topographiques de Belgique n°39/5-6 1/25000 de l'IGN 1954 et 1983.
5. Historique des carrières d'Ecaussinnes - L. Baguet - Annales du cercle archéologique du canton de Soignies - Tome XXXI - 1985.
6. Pierres et marbres de Wallonie - Ministère de la région wallonne - 1990.
7. Pierre bleue de Soignies, pierre toujours vivante - Centre de documentation de la Pierre Bleue - Soignies 1992
8. Historique des carrières des Ecaussinnes - A. Blase - Journal "La Sennette" 1947
9. Le travail de la pierre dans les carrières d'Ecaussines - Abbé Puissant - Vromant 1924
10. Mémoire n°6 du Service Géologique de Belgique - Ronquières - Documents géologiques - R. Legrand – 1967
11. Carte géologique de Wallonie 39/5-6 1/25000 - ministère de la région wallonne - 2002
12. Notes perses de mon père André JAUNIAUX – 1968
13. Carte manuscrite des Ecaussinnes , Edouard Jauniaux,secrétaire communal  - ~1935
14. Carte topographique de Belgique n°39/5-6 1/20000 de l'IGN 2000 (avec quelques noms de lieux orthographiés de façon fantaisiste)
15. Carte topographique de Belgique n°39/5-6 1/15000 de l'IGN 1954.
16. Cartes topographiques de Belgique n°39/5 et 6 1/20000 de l'IGN 1936.
17. Origine et exploitation de la pierre d'Ecaussinnes – M. Mary & R. Brodeaux. – Recueil n°13 du Cercle d'Information et d'Histoire Locale des Ecaussinnes et Henripont (CIHL).

• Ce document a été publié dans les  Lithorama N°7 et 8 – 2003 : Promenade géologique d'Ecaussinnes à Fauquez – M. Jauniaux, et a fait l'objet de nombreuses excursions sur le terrain.


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